Branwen et la Digitale
- Eryn Lyblace

- il y a 3 jours
- 5 min de lecture
Les mythes autant que le folklore sont de précieuses ressources pour découvrir et s’immerger dans les traditions, croyances, valeurs et entités d’un peuple, d’une culture. Ces récits sont également de précieux enseignements pour quiconque cherche à comprendre, voire à cheminer, ces voies. En soit, ces textes n’ont aucun besoin d’être transformés ou réécrits, à mon sens, ils remplissent déjà parfaitement leur rôle de transmission ainsi.
Mais depuis quelque temps, j’ai l’inspiration de repenser certaines pièces mythiques sous le prisme de mon travail avec les esprits végétaux. Je me dis, « et si cette entité avait rencontré cette plante ? », « et si tel esprit végétal était intervenu lors de tel événement mythologique ? ». J’aime ce croisement entre mon travail autour du folklore et de ses mémoires, et celui avec les plantes. Alors aujourd’hui, j’ai envie de te raconter une de ces histoires, et je te propose de découvrir celle de Branwen et de la Digitale pourpre.
Il était une fois… Branwen.
Branwen, dont le nom peut se traduire par « blanche corneille » est la fille du dieu primordial des eaux Llŷr. Elle est également la sœur de Bendigeidfran, roi-géant de l’île de Bretagne. Afin d’unir les territoires britons et irlandais, Branwen épouse Matholwch, le roi d’Irlande, et part vivre avec lui. Elle lui donnera un fils, nommé Gwern. Mais lors de leur seconde année de mariage, le peuple irlandais se met à rejeter Branwen, qu’il avait pourtant adoré plus tôt, et oblige le roi à la chasser de la chambre royale pour n’être plus qu’une aide de cuisine, battue et maltraitée.
Emplie de résilience, Branwen endure son tourment pendant trois longues années, au cours desquelles elle domestique en secret un étourneau. Suite à cela, elle donne une lettre à l’oiseau, à l’intention de son frère le roi de Bretagne, afin qu’il découvre comme elle est traitée et qu’il vienne la secourir. Bendigeidfran, terrassé par la tristesse, décide de rassembler ses hommes afin de secourir sa sœur. Il réunit une armée si grande qu’il ne reste plus que 7 hommes pour gouverner l’île de Bretagne en son absence.
Le peuple irlandais s’affole en voyant l’immense armée de Bendigeidfran s’approcher des côtes et décide de feindre une réconciliation afin de mieux les piéger. Pour cela, le roi d’Irlande propose de céder la couronne à Gwern, fils de Branwen. Un grand banquet est organisé en l’honneur de cette réunion et du couronnement de Gwern mais le festin tourne très vite au massacre et les deux armées s’entretuent. Gwern est jeté dans les flammes, Branwen tente de le suivre, brisée, mais son frère l’en empêche.
Les hommes de l’île de Bretagne sont finalement victorieux, mais il s’agit d’une victoire amère. Seuls 7 hommes ont survécu, et Bendigeidfran est mortellement blessé. Ils décident alors de regagner leur territoire, laissant derrière eux l’Irlande désolée. Une fois de retour en terre britonne, Branwen s’effondre, le cœur brisé devant cette désolation, et meurt.
Il était une fois… autrement.
Après son retour sur l’île de Bretagne, Branwen se retrouve écrasée par le poids du carnage et de la perte qu’elle vient de vivre. Son fils Gwern est mort brûlé vif, le peuple irlandais a été décimé autant que celui de Bretagne. Le territoire est désolé. Son frère est mourant. Elle sait que rien n’est de sa faute, mais la douleur ne la quitte pas pour autant et l’empêche de respirer. Alors qu’elle lâchait prise et laissait son cœur peu à peu se fissurer, elle rencontra la Digitale. Fière, dressée, puissante, mais d’une incroyable résilience à la fois. Branwen décide alors de s’approcher et de l’étreindre.
Plus qu’une décision, c’était avant tout un appel imperceptible, comme deux parts d’un même ensemble qui s’attirent pour être de nouveau complet. Aussitôt qu’elle toucha ses délicates clochettes pourpres, elles devinrent d’un blanc étincelant, et Branwen fusionna entièrement avec la plante et son esprit. Et alors, elle se souvint. Elle se souvint que la Digitale ne fait qu’une avec elle et qu’elle a toujours porté la même médecine en elle, les mêmes pouvoirs. Elle décida alors de lâcher-prise pour de bon, non pas pour laisser son cœur se briser entièrement, mais pour laisser la sève diaphane de la Digitale se lier à son sang, de nouveau.
Au fur et à mesure que la Digitale courrait ses veines, Branwen sentit une douce chaleur s’installer en elle, ainsi qu’une profonde paix. Son cœur se mit à irradier. Grâce à la Digitale, elle pouvait à nouveau s’ancrer fermement et renouer avec sa résilience sans faille. Elle savait désormais qu’avec la Digitale à ses côtés, la désolation du territoire ne serait qu’éphémère. Que bientôt, il fleurirait à nouveau, en même temps que son cœur guérirait. Qu’il fallait seulement du temps, de la patience, et retrouver l’émerveillement. Qu’il fallait laisser la nature féérique de la Digitale faire son œuvre.
Branwen se releva, la Digitale avec elle, car elles ne faisaient plus qu’une désormais. Elle se dirigea vers Bedd Branwen, le cairn qui aurait dû être sa tombe. Sa pierre centrale, la plus opulente, celle qui aurait pu se retrouver scindée en deux, à l’image de son cœur brisé, arborait de magnifiques spirales évanescentes qui s’élevaient de la terre. Branwen décida alors de faire de ce cairn un portail, un passage non pas vers les défunts, mais vers la vie, afin qu’elle se répande sur ce territoire éprouvé, afin que l’autre monde et ses habitants déversent leur magie et leur enchantement.
C’est dans cette démarche que Branwen se mit à retisser un territoire de paix et de souveraineté en l’île de Bretagne. Son œuvre ne fut pas facile et elle dut affronter la tristesse comme le deuil. Mais grâce à son cœur si puissant et sa volonté, elle ne céda jamais au désespoir et ne cessa de se battre, avec résilience, pour ce qui est juste et pour ce qui doit être préservé. Pour la souveraineté de l’ici et de l’ailleurs.
Fin.
Tu te demandes peut-être pourquoi j’ai eu l’inspiration d’unir la Digitale à l’histoire de Branwen. Pourquoi elle en particulier. Pour moi, il s’agissait d’une évidence. Je vois Branwen et la Digitale comme deux parts d’un même ensemble, à la fois similaires et complémentaires. Elles sont toutes deux fortement liées au cœur, aux blessures, aux deuils, mais aussi à la résilience nécessaire pour traverser ces épreuves. Elles sont aussi toutes deux liées au territoire : Branwen en tant que reine ancestrale et porteuse de souveraineté, la Digitale en tant que guérisseuse des terres éprouvées. Leurs postures sont similaires : droites, justes, mais toujours avec tendresse et compassion.
Mais au-delà de leurs similitudes, Branwen, à ce moment du récit, avait besoin de la présence de la Digitale. Et dans une certaine mesure, la Digitale avait besoin de Branwen. Elle était l’eau sacrée porteuse de guérison, et Branwen la coupe pour l’accueillir. Branwen, désespérée, avait besoin de l’enchantement porté par la Digitale. Pour elle, mais aussi pour le territoire. Pour retrouver l’équilibre. La confiance. La joie. Le merveilleux. Ensemble, elles incarnent le lien parfait qui unit l’autre monde, le cœur et le territoire. Le ciel, la terre, et le cœur qui bat au milieu.
Merci de m’avoir lu, j’espère que ce récit t'aura enchanté, mais aussi qu’il t'aura permis de mieux comprendre Branwen, la Digitale, et peut-être même donné envie d’en savoir plus sur elles. Si tu souhaites en savoir plus sur Branwen, tu peux écouter la veillée (podcast) dédiée à son mythe. Si tu souhaites en savoir plus sur la Digitale, je t'invite à découvrir l'élixir que j'ai créé à partir de ses fleurs sur la boutique (ici) ainsi qu'à jeter un coup d’œil à mes précédents partages Instagram à son propos.











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