Des nouvelles des Herbes d’Avalon
- Eryn Lyblace

- il y a 3 jours
- 7 min de lecture
Pour celles et ceux qui me suivent depuis le tout début des Herbes d’Avalon, vous avez déjà certainement remarqué plusieurs changements et évolutions. Il en a toujours été ainsi car ce projet suit intimement mon propre cheminement personnel, il en est un reflet fidèle et une mise à disposition de mes apprentissages. Et c’est d’ailleurs ça, à mon sens, qui a fait la réussite des Herbes d’Avalon : il s’agit d’un projet authentique, incarné, vivant. Et auquel chacun peut s’identifier, se retrouver, à une étape ou une autre de son propre cheminement personnel.
Au début, je proposais des produits très accessibles et qui répondaient à des besoins de base : se protéger, se purifier, se relier, diviner, etc. Puis, en même temps que mon propre cheminement m’amenait vers telle ou telle notion, j’ai proposé des créations en lien avec le corps et sa spiritualité, d’autres en lien avec des divinités, pour finalement me concentrer sur l’animisme, le territoire, et ses esprits. Et c’est un peu là que les choses ont commencé à se compliquer.
J’ai pris conscience que mon cheminement devenait de plus en plus pointu, et de moins en moins accessible, pas dans le sens d’élitiste, mais dans le sens moins grand public, moins général, et plus précis. J’ai commencé à me dire que de fait, mes créations intéresseraient moins car « trop » personnelles. Ce moment correspond plus ou moins à un ou deux ans, période où j’ai drastiquement réduit les mises à jour ainsi que la création de nouveaux produits. Je me suis certainement trop entourée d’idées limitantes par moi-même, au point de m’auto-saboter toute seule.
Aujourd’hui je reviens plus au clair sur ces idées : oui mon cheminement s’est approfondi depuis mes débuts, mais je ne vois pas en quoi ça devrait m’empêcher de créer en ce sens. Encore une fois, je suis intimement persuadée que ce qui a fait le succès des Herbes d’Avalon, c’est son authenticité, en lien avec mon propre cheminement. Alors pourquoi changer ça maintenant ? Pourquoi le renier ? Ce projet a toujours évolué en même temps que moi, et il est temps que je l’accepte à nouveau.
Je pense que si je n’arrive plus à créer comme avant, c’est parce que j’ai fait le tour de ce que j’avais à faire. Je ne dis pas que je ne créerai plus jamais d’élixir ou de baume « comme avant », seulement je pense avoir déjà créé une gamme de base très solide et qui répond à de nombreux besoins. Et ces créations-là resteront toujours disponibles quoiqu'il en soit.
Mais en ce qui concerne l’avenir et la nouvelle ligne de conduite de mes créations, il va y avoir du nouveau. Parce que j’ai un profond besoin, et envie, de créer autrement. De créer en étant plus alignée avec celle que je suis maintenant, ce que j’incarne, ainsi que les voix que je porte. J’ai envie de m’atteler à des créations moins « intellectualisées », moins « pensées », mais plus vivantes, incarnées. J’ai envie de créer plus en lien et en accord avec mon inspiration (oserais-je dire avec l’Awen ?), avec mon cheminement personnel, comme ça l’a toujours été. Et actuellement, ce cheminement me fait explorer dans une grande profondeur le folklore, le lien qui nous unit à l’autre monde et ses modalités.
Parce que pour moi, faire du « vrai » a toujours été plus important que faire du commercial. Je sais que je ne connaîtrai jamais de réel succès financier à cause de ça, mais je suis en paix avec. Je préfère être précaire et faire ce qui me semble juste et aligné, et porter les voix des esprits qui m’entourent. (J’entends tout à fait que c’est un privilège, en un sens, de pouvoir prendre des décisions aussi fermes.)
J’ai donc envie de me diriger vers des créations plus spontanées, plus incarnées, voire éphémères et certainement plus simples en termes de présentation (exit les rouleaux d’étiquettes à 200 euros…). J’ai besoin de retrouver cette légèreté dans mon processus créatif, parce que c’est cette légèreté-là qui me permet de me relier efficacement à mon inspiration, la mienne, comme celle de l’autre monde. Cette impulsion, je l’avais déjà eu il y a un an, mais je l’avais malheureusement pas soutenue, surtout par peur de l’échec ou à cause d’un manque de souveraineté de ma part.
Aujourd’hui, j’y reviens avec plus de conviction et de foi. Tout ce processus a également été alimenté par mes voyages, car chacun d’eux a abouti à la création d’un nouvel élixir floral (Muscari, puis Aubépine) très important pour moi, et j’ai vraiment envie de creuser cette idée de création en lien avec mes errances et leurs apprentissages.
J’ai envie de m’engager, plus encore, à agir comme un pont, une médiatrice entre les mondes, les énergies, les esprits. C’était déjà quelque chose que je faisais avec les esprits végétaux. Aujourd’hui je sens l’appel d’étendre ce service à tous les esprits de l’autre monde et de nos territoires. Je me sens appelée à partager ma vérité et mes visions à travers mes produits, à transmettre ce que l’autre monde m’a appris à travers de nouvelles créations. Voir d’un œil ce que l’autre monde a à dire, et incarner cela de mes mains, dans l’ici. Et en ça, je sens qu’il est temps pour moi d’accorder plus de crédit et de confiance à ce que je peux percevoir, à mon inspiration poétique, à leur portée, quand bien même il ne s’agit que d’une phrase ou deux.
Je me rappelle, il y a plusieurs mois, avoir gribouillé sur un papier cette phrase « les poètes et storytellers : leur magie ne réside non pas dans l'exactitude du choix des mots mais dans l'efficience de leur évocation » et je me rend compte à quelle point elle encapsule l’énergie de ce que je souhaite faire maintenant. Un travail de poète, ou plutôt de barde, qui à travers son art évoque les mémoires et enseignements d’un territoire et de ses esprits. Seulement, mon art à moi ne repose pas sur les mots, mais sur mes créations végétales.
Je ressens fort cette nécessité d’apporter une couleur bardique à mon projet des Herbes d’Avalon, et je trouve cela très cohérent quand on considère les autres projets qui m’animent depuis quelques mois (les Veillées de l’Annwfn). J’ai envie de proposer des créations « hors des cases », qui laissent place à l’expérience et au ressenti plutôt qu’à un résultat prédéfini ou intellectualisé. J’ai envie de rendre sa liberté de mouvement à chacun, sa liberté d’expérience, en fonction de son cheminement et de sa propre couleur. Je pense que j’ai acquis assez d’expérience et de connaissances pour m’engager dans ce type de pratique plus brumeuse et à cheval entre les mondes. Je ne suis pas hedgerider pour rien.
Au final, j’ai à coeur d’appliquer une fonction bardique à mon artisanat, et d’ainsi lui faire porter les mémoires d’un territoire, les mots de ses esprits, les gestes de reliance… et pourquoi pas aussi en faire un support pour revivre certains mythes, folklores, ou bien guérir les faux-pas de ces mémoires oubliées…
Mais tout ça, c’est la théorie, la démarche qui anime mes futurs pas. Mais concrètement, comment réaliser tout ça ? À l’heure actuelle, je n’ai pas encore toutes les réponses. J’ai l’impression qu’elles se dessinent au fur et à mesure que je m’engage sur cette voie. Je pense que la première étape est d’établir un processus de reliance à l’inspiration de l’autre monde de manière solide et stable, ainsi qu’une bonne hygiène de vie qui puisse soutenir tout cela (d’où mon retrait des réseaux). Quant à la forme de ces produits, je ne sais pas encore. Je pense que chacun sera unique, et pertinent selon son évocation. Honnêtement, je ne me prends pas la tête pour ça à l’heure actuelle, je suis persuadée que tout se mettra en place sans effort quand le moment sera venu… Et de toute façon la saison sombre est faite pour ça.
En réalité, cette nouvelle dynamique n’est pas une rupture nette avec l’ancienne, parce que je pense avoir déjà engagé, peut-être seulement à demi-mot, cette évolution dans mes dernières créations. Mais je pense qu’aujourd’hui j’ai besoin de m’autoriser la liberté nécessaire à ce nouveau processus. Et en y repensant, j’ai toujours eu du mal à nommer ma pratique au sein des Herbes d’Avalon : créatrice, praticienne, herboriste, artisane… Chacun de ces mots est juste, mais incomplet, il manquait quelque chose. Il manquait un terme pour parler de ce qui anime mes créations, ce qu’elles servent, ce qu’elles transportent… Et au final c’est dans cette idée de « fonction bardique » que je me sens plus complète.
Dans la tradition galloise, être barde ne se résumait pas à écrire ou chanter. Il était avant tout un gardien des mémoires, un passeur entre l’invisible et le monde humain, il était celui qui interprétait l’Awen, cette force de l’autre monde. D’ailleurs, pour le barde, le chant était avant tout enchantement, au sens premier : une manière magique de relier, d’ouvrir, de transmettre. Et lorsque j’observe ma pratique actuelle, je réalise que c’est exactement ce que je fais, mais au moyen d’un autre langage.
Mon art à moi, il n’est pas verbal, quand bien même j’adore écrire et me perd quelques fois à des errances poétiques. Mon art, il est sensoriel, botanique, artisan. Les mémoires, je les inscris non pas au sein d’un poème, mais dans une composition végétale. J'œuvre avec les plantes comme d’autres peuvent manier les métaphores. Et pour chacune de ces histoires, de ces voix, de ces esprits qui me traversent, je m’attèle à traduire leurs mots en une forme que quelqu’un pourra toucher, sentir, appliquer, vivre. Et au final, la mémoire devient parfum. La transmission devient geste. Le récit devient expérience. Incarné. Des créations végétales vectrices d’enchantement.
J’imagine que de votre point de vue, tout cela doit être plutôt abstrait pour l’instant, et je m’en excuse. Mais je serais très heureuse d’en discuter avec vous si vous avez des questions ou des ressentis à me partager ! Quoi qu’il en soit j’espère de tout cœur que cette évolution vous fascinera autant que moi et j’ai déjà hâte d’explorer cette nouvelle voie avec vous…
Les Herbes d’Avalon, ou quand l’herboriste se fait barde.











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