Que vaut réellement notre paganisme ?
(ou quel que soit le nom que vous donnez à votre pratique)
Depuis 2025, et particulièrement sa saison sombre, ma présence en ligne a beaucoup changé. Je ne trouvais plus ma place sur les réseaux, et j’ai ressenti le besoin de prendre du recul pour faire le point. Et ce qui ne devait être qu’une pause d’un mois s’est transformé en une grosse remise en question qui a duré une année entière (et ce n’est peut-être même pas fini). Ce mal-être que j’ai commencé à ressentir depuis 2025, je l’associe à un événement qui a eu lieu lors de la saison sombre précédente, lui-même provoqué par un tournant au sein de ma pratique, qui a débuté à l’automne 2023…
Mais en quelques mots, j’ai acquis de nouveaux yeux, un nouveau regard. Plus clair, plus perçant. Sans filtre. Mais très vite, je me suis rendu compte que c’était autant une bénédiction qu’une malédiction. D’ailleurs, dans mes notes de l’époque, je peux lire : « La clairvoyance, est un poison. C’est autant un don qu’une malédiction. Au début, on se réjouit de pouvoir voir ce que l’on n’avait jamais vu auparavant. Un monde entièrement nouveau, avec sa magie, ses merveilles, sa profondeur. Puis, on réalise que l’on voit aussi à travers toutes choses. Les esprits, les lieux... et les gens. On goûte la saveur aigre-douce de la vérité. Et l’on ne peut plus « dé-voir » ce que l’on a vu. ».
C’est donc cette capacité de perception qui m’a éprouvée, et forcément un peu isolée. Comment continuer à faire « comme avant » quand on voit tout plus clairement, d’un coup ? Mon regard a fini par devenir une arme, comme une lame censée me protéger mais avec laquelle je ne cessais de me blesser, ne sachant comment la porter. Bref. J’ai donc pris mes distances des réseaux car je ne savais plus comment y vivre. Comment regarder. Étrangement, c’est par l’exploration de mon thème natal et ses étoiles que j’ai pu apporter plus de compréhension sur ce nouveau regard et comment l’appréhender. Et surtout, sur sa finalité. Voir pour voir ne m’intéresse pas, surtout si cela me blesse au passage. Je voulais que cette vision, si lourde soit-elle, reste fertile et bénéfique. L’étude et la relation avec ces étoiles natales m’ont fait réaliser que je possède une capacité naturelle à voir la part sombre des choses, la part que la plupart ne peuvent ou ne veulent pas voir. Alors certes, cela implique un certain pessimisme naturel à garder sous contrôle, mais cela me permet aussi de mettre le doigt sur des points qui peuvent parfois échapper, mais qui méritent d’être examinés. Déjà là, je retrouvais cette notion du regard, dans toute sa complexité. Mais une autre étoile en dévoile la finalité : la guérison par la piqûre, le venin. Et avec un peu de recul, ça résume tout mon cheminement : Voie des Poisons, et guérison du lien à l’invisible.
Une fois que j’ai vraiment compris, et pu sentir dans mon corps que ce regard, ainsi que cette capacité à piquer, étaient au cœur de mon essence, j’ai enfin pu avancer. Et lâcher cette idée qui tournait dans ma tête « est-ce que c’est moi qui cherche la merde en piquant ? » ou encore « est-ce que je suis juste une connasse donneuse de leçon ? ». Maintenant je sais que non, parce que je sais pourquoi je pique. Je pique pour faire réaliser. Pour faire avancer. Pour aller vers du mieux. Je sais que je ne suis pas sadique, que je ne cherche pas à faire du mal, à détruire pour le plaisir.
Alors je vais piquer. Sur un sujet particulièrement sensible et qui m’a beaucoup éprouvée cette dernière année : nos cheminements et ce qu’ils valent vraiment, notre communauté, nos comportements, nos paroles. Je vais poser les questions inconfortables, et qui impliquent un changement derrière. Je vais vous partager tout ce que mes yeux ont vu. Je ne sais pas comment structurer tout ce que j’ai à dire, je ne sais même pas si ça gagnerait à l’être, alors je vais juste le dire.
Que vaut réellement notre paganisme, notre animisme, ou quel que soit le nom que vous donnez à votre pratique ?
Parce que c’est bien beau de se revendiquer païen, animiste, ou quoi que ce soit d’autre de ce spectre. Mais qu’en est-il réellement de nos actes ? Est-ce que nos actes incarnent réellement ces idéologies ? J’entends beaucoup de personnes prôner de belles valeurs, mais malheureusement elles n’apparaissent pas dans leurs gestes. Le fameux « faites ce que je dis, pas ce que je fais ». Paroles, paroles, paroles… Et c’est précisément là, que s’enracine une profonde dissonance. De mon point de vue, nous possédons tous nos croyances, nos pratiques, et cette diversité est saine. En revanche, je pense qu’il existe un socle de valeurs inhérentes à certains cheminements. Et je ne vois pas comment l’on peut se revendiquer animiste par exemple, si le principe le plus élémentaire de respect d’autrui, humain ou non-humain, visible ou invisible, n’est pas adopté. Et quand je dis adopté, je parle bien des gestes, pas des mots. Dans la théorie, nous sommes tous d’accord. Mais dans la pratique ? Ouch.
Le respect de l’environnement, du territoire, des esprits. De leur lieu de vie, de leur individualité, de leur consentement. Le respect dans la relation. Mais aussi le respect des autres personnes qui nous entourent, qui font communauté avec nous ou non.
Honnêtement, j’ai l’impression que les notions de capitalisme, d’ego et d’individualité ont tellement prise une place centrale dans nos sociétés qu’elles ont infiltrées nos cheminements, et que beaucoup ne le réalisent même pas. Et dans cette dynamique, beaucoup perpétuent des gestes déplacés et qui relèvent de ces paradigmes, tout en se revendiquant païen ou animiste. Quand je regarde autour de moi, j’ai l’impression de ne voir que des relations-objets. Des relations qui ne considèrent pas plus que ça l’être vivant en face, et qui n’ont pour but, conscient ou pas, que d’être opportuniste. D’être dans une dynamique extractive. Comme si le lien était devenu un moyen d’acquérir ce que l’autre possède et qui nous fait défaut, avant de passer à la prochaine personne, une fois la précédente devenue obsolète et vide de toute substance.
Ça me fait penser aussi aux « rencontres » entre païens (notez bien que j’utilise ce mot de la manière la plus générique qu’il soit, pour désigner les individus de la communauté éso, malgré sa diversité) qui ne sont devenus qu’un moyen de plus de « faire du contenu ». Les gens ne se rencontrent plus pour faire du lien, pour l’humain et tout ce que cela englobe. Ils se rencontrent pour faire du contenu. Et je me demande s’il n’en est pas de même envers les esprits. Si notre volonté de relationner avec eux n’est pas motivé, pour certains, par un désir de capitaliser dessus ensuite. Et ça, ça m’écœure tellement…
Alors quand est-ce que l’on va arrêter ? Quand est-ce que l’on va arrêter de travestir nos cheminements pour « faire notre show », toujours se mettre en avant, toujours « moi je, moi je » ? Quand est-ce qu’on va apprendre à cheminer sans vouloir écraser, posséder ou chercher à étaler sa science, sans jamais faire attention à la multitude qui nous entoure, humains et esprits ? Que reste-t-il de nos cheminements en fait, dans de telles conditions ? Que reste-t-il du sacré ?
Je me pose vraiment la question de nos intentions. Parce que je vois tellement de fausseté, de dissonance, d’incohérence. Je ne pense pas que nous soyons tous problématiques bien entendu, et certainement pas tous au même degré, mais j’emploie ce « nous » pour que chacun se sente invité à se questionner tout de même. Mais aussi questionner son entourage. Ce que je vois, c’est que les gens préfèrent être un centre d’attention plutôt que de faire les choses bien, plutôt que d’être juste, respectueux, pour ce monde et l’autre. Et ça montre aussi que notre communauté fait plus du « greenwashing » spirituel qu’autre chose en réalité. Tout ça n’est qu’un vernis, qu’un glamour, pour se donner bonne conscience, pour attirer l’attention, pour se sentir bien… mais au final ça reste du vent, de la surface. Sous le vernis, du vide.
Pour l’anecdote, j’ai constaté au fil de mon cheminement que j’avais tendance à oublier mes serments. Pas à les oublier dans le sens « ne plus les respecter », ou dans le sens où j’oublie avoir fait un tel serment. Au contraire, je me souviens très bien de quand et à qui, mais j’oublie très rapidement le « quoi ». C’est un sujet qui m’a beaucoup fait cogiter, et j’ai finalement compris pourquoi l’oubli s’insinuait dans mes promesses. Cet oubli, c’est celui qui me permet d’expérimenter la théorie de l’anneau de Gygès, qui peut se résumer à la question suivante : qui es-tu lorsque personne ne regarde ? Lorsque tu n’es soumis à aucune loi ou contrainte ? Cet oubli était donc un moyen pour les esprits de voir réellement mes intentions et qui je suis, ce que j’incarne, lorsque je n’ai pas la pression de leur jugement, de leur regard. Lorsque je suis seule. Comment je me comporte ? Est-ce que j’incarne toujours ce que je prône ? Ou bien seulement devant un public ? Ou lorsque l’on m’observe ? En quelques mots, est-ce que mes gestes relèvent de mon identité, ou d’un quelconque acting ? Est-ce que je suis réellement dans la justesse ? Ou est-ce que je veux simplement être vue ou considérée comme une personne juste ? Posez-vous la question, ça ne fait pas de mal, et cela permet de mieux se connaître au passage. Et observez les acteurs de notre communauté avec ce principe en tête, vous verrez à quel point c’est révélateur…
Mais n’oubliez pas, personne ne peut voir s’il ne le désire pas. C’est pourquoi le déni est si puissant. Regardez les actes, plutôt que les paroles. Les vôtres comme ceux des autres. Méfiez-vous des beaux discours et essayez de voir au-delà, qu’en est-il réellement ? Qu’est-ce qui est réellement incarné, en dépit des paroles ?
Parmi ces intentions douteuses qui peuvent orienter nos pratiques et cheminements, il y a l’ego, bien entendu, comme on l’a déjà vu. Mais il y a aussi le capitalisme. Alors je me pose la question, que reste-t-il du sacré quand il devient un moyen de s'enrichir ? Quand il ne devient qu'un outil du capitalisme ? Qu’est-ce que cela révèle de notre rapport aux esprits, aux divinités ? Qu’est-ce que cela dit de notre rapport au sacré ? De nous ? Je n’ai aucune envie d’être la p*te du capitalisme. Mais j’ai aussi encore moins envie de faire de l’autre monde une nouvelle ressource à exploiter jusqu’à la moelle. Pourtant c’est la direction que nous prenons. Nous avons même déjà commencé à monétiser le lien humain. Faire communauté, partager, se rencontrer, tout ces gestes simples et qui sont le fondement de l’humanité sont désormais privatisés, payants, pas accessibles et élitistes. Pourquoi ? Le capitalisme, encore une fois, et le culte à la personne.
Et que reste-t-il du sacré, quand nos pratiques consistent à prendre, à arracher, à posséder, à tout ramener à soi ? Qu’est-ce qu’un animisme qui consiste à mettre en bouteille, à enfermer, à isoler ? À posséder puis à laisser prendre la poussière sur une étagère so-witchy ? Arracher une plante, enfermer de l’eau ? Parcourir le territoire mais pour posséder, pour ramener à la maison, ramener un témoin… est-ce qu’il y a de la justesse la dedans ? Est-ce que ramener un souvenir peut être juste (c’est une vraie question, et je n’ai pas la réponse) ? Ou est-ce un moyen de plus de parader ? De planter un drapeau ? En fait, que reste-t-il du sacré de nos pratiques avec le territoire et les entités, quant au final ce que l’on cherche c’est à posséder, à s’enrichir, à se mettre en avant, à s’élever en rabaissant les autres ? Ce que je vois, c’est que l’ego et l’argent ont totalement supplanté notre sens du sacré. Alors je pose la question : que vaut réellement notre animisme, lorsqu’il n’est toujours question que de nous ?
Que valent réellement nos cheminements, lorsqu’ils deviennent synonymes de conquête ? Quand notre relation à ce sacré, à l’autre monde, à ses habitants, n’a pour but que de nourri notre pouvoir personnel ? Où est la relation dans tout ça ? Où est l’animisme ? Le paganisme ? La révérence à la terre ? Quand il n’est toujours que question de nous ? Si les mondes se sont écartés, c’est pour ça. Si l’accord féerique s’est brisé, c’est pour ça.
N’apprendrons-nous jamais de nos erreurs du passé ? C’est dans cette idée que je chemine et j’oeuvre depuis des années, pour essayer d’aider, de guérir, de guider. Selon ce que je vois, selon ce que j’ai appris et compris. Mais quand je vois tous ces comportements je me dis : à quoi bon ? Est-ce que ça vaut la peine ? Est-ce que cela ne va pas plus faire de mal qu’autre chose ? Je n’ai pas envie d’aider à réhabiliter le lien si c’est pour qu’on gâche tout encore une fois. Qu’on assujettisse, qu’on pille, qu’on vole, qu’on s’enrichisse sur le dos de l’autre monde. Je ne veux pas être responsable de ça, même en partie. À mon échelle.
J’avais déjà abordé le sujet, mais je pense que l’instantanéité des réseaux pervertit totalement nos cheminements. En ligne, il faut montrer, il faut affirmer, il faut être productif et créer chaque jour. Il faut être percutant, il faut ébranler, il faut enseigner, il faut faire frémir. Autant de choses qui ne sont pas compatibles, et même à l’opposé, du rythme naturel de nos cheminements. De fait, cette manie de tout poster dans l’instant, sans jamais laisser maturer, est complètement destructrice. Envers soi déjà, parce qu’elle avorte totalement le cheminement. Mais aussi pour les personnes qui reçoivent ces partages, qui ne sont que trop volatiles et peu incarnés. On sème, on récolte, sans jamais laisser croître.
Parce qu’il est devenu plus important de montrer, de parader, de se prostituer, plutôt que d’aller au fond des choses. Encore une fois, où est l’animisme dans tout ça ? Qu’est-ce que ces dynamiques révèlent de notre lien à l’invisible et aux esprits ?
Et vous savez ce que ça a comme répercussion ? Un appauvrissement total de nos cheminements et de nos pratiques. Un nivellement par le bas. Je vois tant de personnes talentueuses se restreindre pour ne créer qu’un simulacre de ce qu’elles pourraient. Nous sommes entrés dans une ère de vulgarisation à outrance. Que ce soit en ligne, dans les transmissions, les stages, et même les publications. Tout n’est que vulgarisation et contenu vu, revu et re-revu, encore et encore, mais sous la plume de l’un ou de l’autre. Je crois que si je vois encore un oracle ou livre sortir sur la roue de l’année, je vais défaillir. Nous avons cruellement besoin de contenu plus poussé. Et nous avons le devoir de l’honnêteté intellectuel, et d’arrêter de faire passer de la vulgarisation pour de l’expertise. C’est notre responsabilité de refuser ce nivellement par le bas et cet appauvrissement. C’est notre devoir de dire stop à des contenus qui doivent toujours être plus simplifiés, plus abordables, plus accessibles, sans que personne n’ai jamais à s’impliquer ou faire sa part du job. Comprenez-moi bien, il ne s’agit ni d’élitisme ni de dénigrement de la posture de vulgarisateur. Ça reste un rôle important, seulement, cela ne doit pas être la seule voix disponible.
Il faut recréer des espaces pour les voix d’expertise et considérer tous les niveaux de transmission. Et bien comprendre qu’une transmission n’est jamais passive et n’a pas à tomber tout cru dans le bec de quiconque.
Ce nivellement par le bas et cet appauvrissement, ils sont parfaitement illustrés par l’arrivée d’une nouvelle technologie qui me hérisse le poil : l’IA générative. Alala, cette IA, qu’est-ce qu’elle est révélatrice… Comment pensez-vous deux secondes être crédible comme païen ou animiste tout en ayant recours à l’IA ? Cette même technologie qui extermine littéralement nos territoires et leurs habitants. Qui épuise notre terre de ses ressources ? C’est un crachat au visage des esprits de nos territoires. Comment se dire païen lorsque l’on contribue à détruire le territoire que l’on vénère ? Sérieusement ? On a tous déjà essayé l’IA générative à un moment ou à un autre. Ça, je ne le blâme pas. Mais nous avons maintenant assez de recul pour connaître toutes les implications négatives de cet outil, et à quel point il est dissonant avec une idéologie païenne ou animiste. Et on en parle de l’éthique derrière l’IA générative ? Cette technologie ne fonctionne qu’en piochant dans l’existant. Autrement dit, c’est du vol, en plus d’être totalement stérile.
Et on en revient à notre premier point : le respect. L’utilisation de l’IA générative soulève également un point intéressant, en lien avec le précédent : le manque d’implication et le fait de se faire passer pour un expert en tout, tout en ne maîtrisant rien. D’ailleurs, ces dernières semaines j’ai pu constater à quel point être contre l’IA devenait une mode. Beaucoup prennent la parole en ce sens. Mais les gens s'offusquent et s'opposent à l'IA juste tant que ça n'interfère pas avec leur confort. Dès que cela requiert un effort de leur part, un changement d'habitude ou autre, là il n'y a plus personne.
Plus j’écris ces mots, plus je me rends compte de l’ironie dans nos cheminements. L’ironie qui se cache dans la dissonance entre nos mots et nos gestes. On parle tous du cycle des saisons, de la roue de l’année, de cette idée de temps longs, et que chaque période incarne des énergies différentes, propices à telle ou telle chose. Et à côté de ça, on poste tous avec une rapidité effrénée sur les réseaux, dans le respect d’aucun cycle. On parle tous d’animisme, de respect, de lien, de réciprocité. Alors que dans la réalité les gens cherchent juste à tirer la couverture de leur côté, à briller plus, à dominer, à s’enrichir, dans tous les sens du terme, peu importe au profit de qui. Plutôt cocasse non ?
Petite parenthèse. Je ne suis pas particulièrement partisane d’une cancel culture dans ce genre de cas. Nous restons humains et merdons tous à un moment ou à un autre. En revanche, nous avons la responsabilité de nous extraire de cette merde et de réparer les pots cassés, plutôt que de se complaire dedans, en en faisant une norme. Encore une fois, il faut apprendre à se responsabiliser. Il ne s’agit de mettre au pilori personne. Simplement de s’arrêter et de regarder. Et je vais être claire, bien sûr qu’il existe des personnes nocives dans notre communauté. Mais nous sommes également responsables du pouvoir que nous leur donnons, et aussi de comment nous les protégeons par notre silence et notre complaisance. Et pour cela, il faut apprendre à faire la distinction entre une personne qui porte de belles valeurs et qui porte la communauté, avec une personne dont on aime seulement le reflet, l’image qu’elle renvoie. Posez-vous sincèrement la question, car c’est ici que le déni s’enracine. Voir oblige à agir, et c’est pour ça que le déni est si puissant, il maintient la stase et le confort. Alors qu’il est bien plus douloureux de sortir du monde des illusions, du glamour, des images… et de retourner au monde réel et agir en conséquence. Mais si nous apprenons à être vrai, à être honnête et authentique, nous fermons de fait la porte à toute personne qui se voudrait nocive, manipulatrice, ou à tendance gourou.
Je pense qu’il est important, et urgent, de comprendre que ces comportements abîment réellement le sacré, en plus d’abîmer le lien. C’est pour ça qu’on doit rectifier, en tant que communauté. Parce que ça abîme réellement. Les conséquences existent et il faut apprendre à les voir et les ressentir. Se décentrer et ouvrir les yeux. Nos gestes impactent, nos comportements aussi, bien plus que nos mots. Et c’est bien beau d’en parler, de dénoncer, de montrer du doigt les dysfonctionnements, mais ça ne sert à rien si on n'agit pas derrière. Et oui, agir veut dire sortir de sa zone de confort les amis.
Quel impact j’ai sur les esprits ? Sur mon entourage ? Sur la communauté ? Par mes paroles, mes actes ? Quelles énergies je porte ? Quel impact réel a telle ou telle personne de notre communauté ? Quelles dynamiques soutiennent-elles ? Est-ce approprié envers l’autre monde ? Envers nous ? Et surtout, une fois ce constat fait, que faire pour réparer en cas de faux-pas ? Au niveau personnel ? Au niveau spirituel ? Au niveau communautaire ? Comment mettre en place une « justice » réparatrice pour tout le monde, et avancer de nouveau ?
Je pense qu’il est grand temps qu’on commence à se poser ces questions, et surtout à agir en conséquence.
Alors regardez-vous en face, sondez votre pratique, vos mots, vos gestes. Observez aussi les autres. Qu’est-ce que cela révèle ? Sortez de votre zone de confort, de votre bulle de tranquillité d’esprit. Voyez. L’oserez-vous ?
Se remettre en question, se réajuster et corriger sa trajectoire quotidiennement, c’est épuisant. C’est inconfortable, c’est chiant, c’est pas glamour, et ça oblige à une bonne dose de modestie. Mais pourtant c’est ça, être juste, et veiller à incarner pleinement ce que l’on revendique.
Alors, je vous le demande, qu’est-ce qui est le plus important pour vous ? De créer et conserver un espace qui vous est confortable, mais totalement illusoire, voire toxique pour d’autres ? Si c’est le cas, c’est votre choix et je n’ai aucun droit de vous en imposer un autre. Mais ayez l’honnêteté de ne pas prétendre autrement et de vous revendiquer animiste, cela n’a aucun sens. Ou bien de vivre et porter réellement les valeurs de vos cheminements et pratiques, quand bien même cela implique de l’inconfort et de la remise en question ?
En tant que communauté, je pense que nous avons besoin d’une bonne dose de réalité, et d’un positionnement clair. Oui c’est dur d’être juste, de faire ce qu’il faut. Mais il serait peut-être temps de faire un choix. D’arrêter de tolérer et perpétrer les gestes qui gangrènent nos cheminements, et faire le job. Pas dire qu’on va le faire, ou qu’on le fait. Le faire.
Je pense qu’on a un besoin urgent de se regarder en face. Nous-même. Les uns, les autres. D’arrêter de se bercer de doux mensonges et commencer réellement à faire le job, à plonger les mains dans la terre. Je vous tends un miroir, osez y jeter un œil. Et je vous rassure, je sais à quel point c’est dur.
Voilà, y’a plus qu’à. Vous ne pouvez plus dire, ou prétendre, ne pas avoir connaissance de toutes ces déviances. Maintenant ce sera un choix, de votre part, à assumer. Mon conseil, vous l’aurez compris, c’est d’ouvrir les yeux et d’agir.











Commentaires