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Le Datura metel et l’Autre

il y a 11 heures
4 min de lecture

Depuis quelques jours, je me replonge dans la lecture du livre de Lee Morgan « People of the Outside : Witchcraft, Cannibalism and the Elder Folk ». Cet ouvrage est fascinant et aborde des sujets particulièrement délicats comme les tabous, la tendance de l’humain à marginaliser ce qui est différent de lui ou de sa norme, et du lien qu’entretiennent ces dynamiques avec la figure de la sorcière. L’auteur prend plaisir à disséquer tout ce que l’humain rejette, et à mettre en lumière à quel point ces parts portent en réalité notre histoire, et celles de nos ancêtres lointains. À quel point l’étranger qui nous terrifie est en réalité bien trop familier.


Ce qui ressort particulièrement de ces écrits, c’est que la race humaine, telle que nous sommes aujourd’hui, n’est pas détachée des autres humains qui nous ont précédés, et que nous en sommes même le fruit de l’hybridation, en particulier avec les Néandertaliens. L’humain garderait donc, inconsciemment, cette mémoire d’une part « autre », différente, une part qui l’effraie et qu’il essaie de réprimer par-dessus tout. Plus qu’une mémoire, un héritage qui le hante, légué par des ancêtres qu’il ne reconnaît pas. Et c’est cette volonté de réprimer cette nature « autre » qui le pousserait à craindre et marginaliser ses semblables, dès lors qu’ils ne rentrent plus dans les cases de la « normalité », pour X ou Y raison.


Mais quel rapport avec le Datura metel ? Eh bien, à la relecture de ce livre, cela m’a frappé de voir à quel point ce Datura est le miroir, mais aussi la solution à cette impasse identitaire. Je l’avais déjà évoqué dans un autre post, mais le Datura metel est un cultigène. C’est-à-dire que c’est une plante issue de la main humaine, via sélection, modification, et qui n’existe pas à l’état naturel ou sauvage. Pourtant, un seuil coup d’œil suffit à ressentir l’étrangeté de cette fleur, son envoûtement, sa dangerosité… et surtout sa nature autre. L’humain a façonné cette fleur pour la rendre plus belle, plus éblouissante, plus acceptable, mais au final c’est sa nature profondément sauvage et indomptable qu’on lit sur sa corolle.


L’humain et le Datura metel partagent alors ce mystère, celui de conserver en eux cette nature autre, malgré le temps et l’évolution qu’on leur impose. Mais là où l’humain craint et rejette profondément cette part, le Datura metel l’embrasse et l’étreint de tout son corps.


J’ai eu quelques retours de clients qui me disaient avoir énormément de mal à connecter avec l’esprit du Datura metel, et je me demande si ces difficultés ne sont pas le reflet de cette nature « autre », si fortement réprimée. Parce que c’est ça que le Datura metel propose, une réunion en dedans (avec sa part « autre ») pour être en mesure de communion au-dehors (avec la cohorte des esprits). C’est un peu l’agent de communication et de réunification entre Dr Jekyll et Mister Hyde, la notion de bien et de mal en moins.


Je pense que regarder ce visage « autre » en nous est important. D’une part pour annihiler ce sentiment d’aliénation au sein de notre propre corps et esprit. Mais aussi pour accéder à toutes les capacités que cette nature « autre » renferme, et particulièrement celle du subtil, et du double de l’esprit. Je vous ai déjà parlé à de nombreuses reprises du soutien que le Datura metel pouvait apporter en ce qui concerne les pratiques de vol, de traverser dans l’autre monde, de communion avec les esprits… mais aussi de réensauvagement. Et effectivement, c’est sur cette voie qu’il mène, mais pas en créant une nouvelle version de nous-mêmes, ou en y ajoutant quelque chose de nouveau. Il s’agit plutôt d’accueillir et rétablir le lien avec cet « autre » déjà en nous.


Le Datura metel est alors effectivement un médiateur entre les mondes, mais il s’attèle plus à nous faire reconnaître la continuité entre l’autre et nous-mêmes, qu’à simplement nous conduire au seuil de l’autre monde. Sa médiation consiste à effacer les frontières plutôt qu’à les dompter, afin de mettre en avant la continuité naturelle qu’il existe entre nous et l’invisible.


Marcher aux côtés de cet esprit devient alors une voie de réconciliation avec ce que nous avons condamné à l’extérieur : le sauvage, l’archaïque, le non-humain, le liminal. Le Datura metel nous murmure une invitation, celle de franchir la frontière que nous avons nous-mêmes tracée, et rencontrer l’autre là où il a toujours été : en nous, et autour de nous.


Dans un article pour Dyaphane Magazine, j’avais évoqué un cheminement en lien avec la figure de la sorcière, incarné pas à pas par trois Datura : stramonium, wrightii et metel. En ce qui concerne le Datura wrightii, ou Datura sacré, je l’avais particulièrement lié à la question de l’identité profonde. « Know who you are ». Et c’est finalement le Datura metel qui apporte la dernière pièce pour clore cette introspection et basculer de l’individu, à la communauté des esprits. Aujourd’hui, je le ressens plus que jamais.


Alors voilà, le Datura metel est là, et n’attend plus que vous. Il trépigne d’impatience de vous voir entier à nouveau, et d’embrasser toute votre nature, aussi multiple, complexe et inintelligible qu’elle soit. Parce que les choses n’ont pas besoin d’être expliquées ou maîtrisées pour être vraies ou puissantes. Dans mes oreilles je l’entends : « arrêtez de vous amputer, soyez pleinement ».


« We are the weirdos, mister ».

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